Germain-Phion & Jacquemet
Défense des salariés

Congé paternité et augmentation salariale

Actualité publiée le 19/03/2026

Congé paternité et augmentation salariale : ce que prévoit le droit, ce que les textes oublient et dans quels cas une discrimination peut être reconnue.

Le congé paternité soulève une question pratique importante pour les salariés comme pour les employeurs : un salarié absent pendant cette période doit-il bénéficier des augmentations accordées pendant son absence ? Ce sujet intéresse directement les pères salariés, mais aussi les professionnels des ressources humaines et les employeurs qui souhaitent sécuriser leurs pratiques. En l’état du droit, le congé paternité ne bénéficie pas d’un dispositif aussi explicite que le congé maternité en matière d’augmentation salariale.

Le congé maternité bénéficie d’une protection explicite en matière d’augmentation salariale

Avant d’examiner le régime du congé paternité, il convient de rappeler le cadre applicable au congé maternité, qui sert souvent de point de comparaison.

Les salariées en congé maternité doivent bénéficier des augmentations moyennes de leur catégorie lorsque celles-ci interviennent pendant la durée de leur congé. Cette règle vise à éviter qu’une absence liée à la maternité ne produise un effet négatif sur l’évolution de leur rémunération.

Ce mécanisme a le mérite d’être clairement identifié dans le droit du travail. Il permet d’assurer une continuité de traitement salarial entre la salariée absente et les autres salariés appartenant à la même catégorie professionnelle.

Le congé paternité ne fait pas l’objet d’une règle identique dans les textes

La comparaison avec le congé maternité conduit naturellement à s’interroger sur l’existence d’une protection similaire pour les salariés en congé paternité.

En l’état actuel des textes, le code du travail ne prévoit pas expressément que le salarié en congé paternité bénéficie, pendant la durée de son congé, des augmentations moyennes accordées de manière collective ou individuelle aux salariés de la catégorie à laquelle il appartient.

Autrement dit, il n’existe pas, à ce jour, de disposition équivalente à celle applicable au congé maternité sur ce point précis. Cette absence de texte peut apparaître comme une lacune, dans la mesure où le salarié en congé paternité se trouve lui aussi temporairement éloigné de l’entreprise pour un motif protégé tenant à sa situation familiale.

L’absence de règle expresse ne prive pas le salarié de toute protection

Même en l’absence de disposition spécifique sur le congé paternité et augmentation salariale, cela ne signifie pas que le salarié est dépourvu de recours.

Lorsqu’un salarié n’a pas bénéficié des augmentations moyennes accordées aux autres salariés uniquement parce qu’il était en congé paternité, la situation peut être analysée sous l’angle de la discrimination. En effet, le fait d’écarter un salarié d’une progression salariale en raison de sa situation de famille est susceptible de caractériser une différence de traitement illicite.

Dans cette hypothèse, la protection ne repose donc pas sur un texte spécial relatif au congé paternité, mais sur les règles générales interdisant les discriminations. Le raisonnement juridique change, mais l’objectif demeure identique : éviter qu’un salarié soit pénalisé du fait de l’exercice d’un droit lié à sa vie familiale.

La discrimination liée à la situation de famille peut ouvrir droit à réparation

Cette analyse a des conséquences concrètes pour les salariés concernés. Il est donc utile de préciser la logique juridique qui peut être retenue.

Si tous les autres salariés de la catégorie ont bénéficié d’augmentations moyennes et qu’un salarié a été laissé de côté en raison de son congé paternité, il peut soutenir qu’il a subi une discrimination liée à sa situation de famille. Dans un tel cas, cette discrimination a vocation à être réparée.

Une réparation possible de la perte salariale

La réparation peut conduire à reconstituer l’évolution salariale dont le salarié aurait dû bénéficier s’il n’avait pas été écarté du dispositif d’augmentation pendant son congé paternité.

L’enjeu n’est pas seulement symbolique. Une augmentation salariale manquée peut produire des effets durables sur la rémunération, mais aussi sur les primes, les évolutions ultérieures ou certains droits calculés à partir du salaire de base.

Un fondement juridique indirect mais efficace

Le salarié ne s’appuie pas ici sur une règle spécifique au congé paternité et augmentation salariale prévue noir sur blanc par le code du travail. Il mobilise un fondement indirect, celui de la discrimination prohibée.

Ce détour juridique montre que l’absence de disposition expresse n’empêche pas toute protection. En revanche, il rend la situation moins lisible et peut créer davantage d’incertitude pour les salariés comme pour les employeurs.

Une lacune des textes qui appelle une vigilance pratique

Au-delà du constat juridique, cette situation invite à adopter une approche prudente dans la gestion des rémunérations.

Pour les employeurs, il est préférable de veiller à ce qu’un congé paternité n’ait pas pour effet d’exclure un salarié d’une dynamique d’augmentation accordée à des collègues placés dans une situation comparable. Une telle vigilance permet de limiter le risque contentieux et de garantir une politique salariale cohérente.

Pour les salariés, il est utile de comparer l’évolution de leur rémunération avec celle de leur catégorie après un congé paternité. En cas d’écart injustifié, la question d’une discrimination liée à la situation de famille peut légitimement être posée.

Conclusion

Le lien entre congé paternité et augmentation salariale reste, aujourd’hui, imparfaitement encadré par les textes. Contrairement au congé maternité, le code du travail ne prévoit pas expressément le bénéfice des augmentations moyennes pendant l’absence liée au congé paternité. Pour autant, un salarié écarté d’une augmentation pour ce motif n’est pas sans protection, puisqu’il peut invoquer les règles relatives à la discrimination fondée sur la situation de famille. Cette situation révèle une lacune du droit positif et souligne la nécessité, en pratique, d’une attention particulière à l’égalité de traitement dans l’entreprise.

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