Germain-Phion & Jacquemet
Défense des salariés

Jour férié travaillé : suis-je payé double ?

Actualité publiée le 28/05/2026

Travailler un jour férié : règle automatique pour le 1er mai, régime des autres jours fériés selon votre convention collective, vérifications à faire.

Vous travaillez dans un secteur où l’activité ne s’arrête jamais : un hôpital, un commerce, un service public, une entreprise de transport. Le 1er mai approche, ou un autre jour férié, et vous vous interrogez : votre employeur va-t-il automatiquement vous payer double parce que vous travaillerez ce jour-là ? La réponse, beaucoup la croient évidente, mais elle est en réalité plus nuancée. Cet article s’adresse aux salariés qui veulent comprendre clairement la règle applicable à chaque jour férié, ce qu’ils peuvent légitimement réclamer, et où il faut chercher pour vérifier leurs droits.

Commençons par le cadre général : combien existe-t-il de jours fériés en France, et comment sont-ils encadrés.

Combien de jours fériés et que dit le Code du travail ?

L’article L.3133-1 du Code du travail dresse la liste des onze jours fériés légaux en France métropolitaine : 1er janvier, lundi de Pâques, 1er mai, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre et 25 décembre. En Alsace-Moselle, deux jours fériés supplémentaires s’ajoutent en raison du droit local (Vendredi saint et 26 décembre).

Ces onze jours fériés n’ont pas tous le même régime juridique. Pour la majorité d’entre eux, le Code du travail ne pose aucune obligation de chômage : c’est-à-dire que l’employeur peut, en principe, demander à ses salariés de travailler ces jours-là sans avoir à les majorer particulièrement. Si le jour férié est chômé, le maintien du salaire est en revanche garanti aux salariés remplissant certaines conditions d’ancienneté (article L.3133-3).

Le 1er mai fait, lui, exception à cette règle générale — et cette exception est importante à comprendre.

Le 1er mai : pourquoi est-il à part ?

Le 1er mai, fête du Travail, est le seul jour férié dont le chômage est obligatoire. L’employeur ne peut pas, sauf exception, demander aux salariés de venir travailler ce jour-là. Les articles L.3133-4 à L.3133-6 du Code du travail organisent ce régime spécial.

Cette obligation de chômage souffre toutefois une exception : les établissements et services qui ne peuvent interrompre leur activité — c’est-à-dire essentiellement les hôpitaux, les transports, les services publics essentiels, l’hôtellerie-restauration, certains commerces de bouche et la sécurité. Les salariés de ces secteurs peuvent être amenés à travailler le 1er mai si l’activité l’exige.

Quand un salarié travaille le 1er mai dans l’un de ces secteurs, le Code du travail lui garantit un avantage très précis : il perçoit son salaire habituel correspondant au travail effectué, augmenté d’une indemnité égale au montant de ce salaire. En pratique, cela revient à un paiement double des heures travaillées ce jour-là. Cette majoration est d’ordre public : elle ne peut être ni supprimée, ni remplacée par un repos compensateur, même par convention collective.

C’est donc le 1er mai, et lui seul, qui obéit à la règle du « payé double » dont beaucoup de salariés ont entendu parler.

Les autres jours fériés : que prévoit la loi ?

Pour les dix autres jours fériés, la situation est radicalement différente. Le Code du travail n’impose pas que ces jours soient chômés, ni qu’ils donnent lieu à une majoration de salaire en cas de travail. La jurisprudence est constante depuis plusieurs décennies : un salarié qui travaille un jour férié autre que le 1er mai n’a droit, en principe, qu’à son salaire normal, sans majoration légale.

Cela peut paraître surprenant, mais c’est bien la règle de base. La protection des autres jours fériés relève en réalité d’un autre étage de la pyramide : la convention collective applicable à votre entreprise, ou un éventuel accord d’entreprise.

En pratique, beaucoup de conventions collectives prévoient un régime plus favorable. On y trouve fréquemment :

  • une majoration de salaire (souvent de 50 % ou 100 %) en cas de travail un jour férié ;
  • un repos compensateur équivalent au jour férié travaillé ;
  • une combinaison des deux dans certaines branches.

Mais ces dispositions ne sont pas universelles. Si votre convention collective est silencieuse, et qu’aucun accord d’entreprise ou usage plus favorable n’a été instauré, vous n’avez pas droit à plus que votre salaire habituel pour les heures travaillées un jour férié — hors 1er mai.

Si vous chômez le jour férié, c’est encore autre chose : sous condition d’ancienneté (généralement trois mois), vous conservez le bénéfice de votre salaire sans travailler. Ce n’est pas une majoration, c’est un maintien de rémunération.

Comment vérifier vos droits exactement ?

Si vous êtes amené à travailler un jour férié — autre que le 1er mai — la première chose à faire est de vérifier la convention collective applicable à votre entreprise. Quelques pistes concrètes :

  • Le nom de la convention collective figure sur votre bulletin de salaire. Notez son intitulé précis, et éventuellement son code IDCC à quatre chiffres.
  • Une fois identifié, le texte de la convention est consultable gratuitement sur Légifrance ou sur le site du ministère du Travail.
  • Cherchez la section intitulée « jours fériés », « rémunération », « majorations » ou « travail exceptionnel ». Vous y trouverez le régime spécifique applicable à votre branche.

Si votre convention collective prévoit une majoration et que votre bulletin de salaire ne la reflète pas après un jour férié travaillé, demandez par écrit (mail ou courrier) une explication à votre employeur. Cet écrit est important : il fixe la date de votre demande, et constitue une trace en cas de litige ultérieur.

Conservez vos bulletins de salaire pendant plusieurs années — la prescription pour réclamer un rappel de salaire est de trois ans (article L.3245-1 du Code du travail). Au-delà, les sommes ne peuvent plus être récupérées.

Que faire si la majoration n’est pas appliquée ?

Si la convention collective prévoit une majoration et qu’elle n’apparaît pas sur votre paye, plusieurs voies s’offrent à vous.

Commencez par une réclamation écrite auprès de votre employeur ou du service des ressources humaines. Joignez votre bulletin de salaire et la disposition de la convention collective sur laquelle vous vous appuyez. Beaucoup de litiges se règlent à ce stade, par simple correction des bulletins suivants et régularisation des sommes dues.

Si la réclamation reste sans suite, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir le paiement des sommes dues. Vous pouvez également solliciter, selon les circonstances, des dommages-intérêts si le défaut de paiement vous a causé un préjudice.

Concrètement :

  • Quand agir ? La prescription est de trois ans. Plus vous tardez, plus la fenêtre des sommes récupérables se réduit. Mieux vaut agir dès que vous constatez le défaut de majoration.
  • Avec qui ? L’accompagnement par un avocat spécialisé peut faciliter la démarche, notamment pour interpréter la convention collective et chiffrer correctement les sommes dues.
  • Quels montants ? Si la majoration de la convention collective est claire, le rappel de salaire correspond à la différence entre ce que vous avez perçu et ce que vous auriez dû percevoir, pour chaque jour férié travaillé non majoré dans les trois ans.

Conclusion

La règle est plus subtile que ce qu’on entend souvent au comptoir : seul le 1er mai bénéficie d’une majoration automatique et obligatoire en cas de travail. Pour les dix autres jours fériés, tout dépend de votre convention collective — et la lecture attentive de ce texte est la première étape de toute démarche.

Si vous travaillez régulièrement les jours fériés et que vous n’avez jamais vérifié ce point, cela mérite probablement un quart d’heure d’attention. Beaucoup de salariés découvrent, en lisant leur convention collective pour la première fois, qu’ils ont droit à des majorations qu’ils n’ont jamais reçues — et qu’ils peuvent réclamer dans la limite des trois dernières années.

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